Chungking Express

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CREDITS
HONGKONG/ Juillet 1994.

Faye, Tony & Chen JinquanCantonnais : Chung Hing Sam Lam. Littéralement du cantonnais : Chung King Forest. Ecrit par : Wong Kar-wai. Mis en scène par : Wong Kar-wai. Producteur : Chan Ye-cheng. Producteur exécutif: Wong Kar-wai (Jet Tone). Photo : Lau Wai Keung, Christopher Doyle. Directeur artistique : William Chang Suk-ping, Qiu Weiming. Montage : William Chang Suk-ping, Kai Kit-wai, Kwong Chi-leung. Musique : Frankie Chan, Roel A. Garcia. Assistants directeur : Zeng Shaoting, Jiang Yuecheng.

Acteurs : Brigitte Lin Chin-hsia (femme à la perruque blonde), Takeshi Kaneshiro (Ho Chi-wu, flic 223), Tony Leung Chiu-wai (flic 663), Faye Wong (Faye), Valerie Chow Kar-ling (l'hôtesse de l'air), Chen Jinquan (manager du Midnight Express),  Lau Wai Keung. Durée : 103 min. Sortie en France : 1995. Sortie à HK : 1994, 41ième sur 164 au box office (1°: God of Gamblers Return de Wong Jin). Exploité : 22 jours (du 14/07/94 au 04/08/94). Recette : 7,678,549.HK$ (meilleure recette: 52,529,768 HK$). Prix : Au HK Festival Film Awards, meilleur film de l'année.

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Introduction par Christophe Gans
En guise d'introduction et pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore cette oeuvre incontournable, voici le point de vue d'un grand fan du cinéma asiatique, ancien rédacteur au magazine Starfix.

" Ce qui est amusant avec Chungking Express -CKE-, c'est que c'est un film que tous les fans de Godard et que tous les suiveurs de Godard aimeraient faire et n'y arrivent pas. Donc, c'est assez amusant de voir qu'à Hongkong, ils arrivent à faire du cinéma, que nous, on devrait faire en France. On peut dire, par exemple, qu'à Hongkong ils arrivent à faire Le cinéma d'action qu'à Hollywood ils n'arrivent pas à faire. Et bien, ils font à HK, maintenant, la nouvelle vague que nous n'avons pu fournir en France.

C'est un film branchouille. C'est ça qui est intéressant avec Wong Kar-wai, c'est que quand on regarde le film, on sait pas trop si c'est un film branchouille qui essaie d'être un polar ou un polar qui essaie d'être branchouille. Il y a quelque chose comme ça qui relève un peu du dandysme. C'est à dire cette nouvelle manière de poser d'une façon urbaine. Ce qu'il faut savoir, c'est que c'est un film qui est un film Post-genre. C'est à dire, que c'est un polar avec des flics, des vamps, des malfrats, des contrebandiers. Mais, en fait il ne se passe rien. Ces gens là ne sont pas impliqués dans des affaires criminelles, Ils errent. C'est l'idée. C'est une espèce de chaos existentiel, dans lequel des gens qui devraient sortir leur gun, se battre, avoir des relations très fortes, sont simplement en train de glander.
C'est un film de glande!

Une perruque blonde se cache pendant que...... une autre s'enfuie dans tous les sens

 

C'est une histoire à sketch où deux histoires, en fait, se croisent. A l'origine, ça devait être trois sketchs. Faye se cache deTonyEt le troisième est devenu Les Anges Déchus [Fallen Angels] qui est sorti récemment. Ce que Wong Kar-wai fait, c'est qu'il prend ses personnages, il remue comme ça le tamis, et puis il voit ce qui sort. Alors, ça fait un cinéma qui est fondamentalement libre, et qui représente exactement ce qu'on a avec le Cinéma de HK, pas seulement avec Wong Kar-wai, mais aussi avec John Woo, avec Jiang Hu [The Bride With White Hair de Ronny Yu], passer récemment.
C'est le télescopage des styles. C'est à dire que c'est un film où le montage est complètement libre, le filmage totalement libre. Et ça se télescope. Et, c'est fondamentalement beau. "

CHRISTOPHE GANS, initiateur et directeur de rédaction de la revue HK, EXTREME ORIENT CINEMA, et réalisateur de CRYING FREEMAN & LE PACTE DES LOUPS (propos tenus à l'occasion de la diffusion de Chungking Express dans l'émission Mon ciné club sur Canal + en 1996).

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Le film
A la suite de Ashes Of Time, qui est une production très lourde (de deux ans) et stressante avec de grosses pressions, notamment artistiques (film qui doit plaire au marché tout en convenant à l'auteur), Wong Kar-wai veut faire quelque chose de plus léger, et surtout de plus contemporain. Il a besoin d'aborder un autre projet, de libérer ses frustrations. Il veut réaliser un film qui corresponde à ses envies, sans se soucier de l'accueil du public, plus moderne mais où les personnages ont les même problèmes existentiels. Alors, il rejoint son ami Christophe Doyle au Japon, et lui explique qu'il veut un film rapide, tourner caméra à l'épaule, comme un reportage.

Dualité
Quelques années auparavant, il a écrit deux petites histoires avec lesquelles il n'avait pas encore fait de film. Il décide de les unir dans un scénario et d'en faire un film composé de deux sketchs. Mais le film garde quand même une continuité, bien que deux directeurs de la photo s'y soient succédés: Andrew Lau Wai Keung pour la première partie, Chris Doyle pour la seconde.
Ceux sont deux histoires indépendantes mais qui racontent l'amour.


CKE a une structure double tant sur le fond que sur la forme. Il y a 2 flics, 2 May, 2 perruques, 2 hôtesses de l'air, 2 ruptures, 2 séparations douloureuses... Il est composé de deux sketchs, un tourné dans les Chungking Mansions de Kowloon, la nuit. Et un second, tourné à Central, HK, le jour. Mais malgré les différences, ceux sont deux histoires similaires, avec les même thèmes abordés, qui jalonnent tous les films de WKW, le rejet et la trahison.

Situation
Le titre cantonnais signifie la Forêt de Chungking. Les Chungking Mansions sont des immeubles à Tsim Sha Tsui, ils correspondent à un microcosme équivalents à un Hongkong miniature. Wong Kar-wai a passé ses jeunes années dans ce quartier chaud où les chinois côtoient les occidentaux. Il choisit les Chungking Houses car c'est là un vrai bouillon des cultures où il se sent chez lui, une place légendaire, un point chaud cosmopolite et une métaphore de HK de par sa surpopulation et son hyperactivité.
De Ashes Of Time, Wong Kar-wai voulait faire une sorte de Road Movie, où les chevaliers se déplaceraient de la Rivière Jaune à Hukou. Mais, il ne peut évidemment pas demander à des stars sur-bookées, comme Brigitte Lin ou Leslie Cheung, de faire un tel film. Alors, WKW reprend quasiment le même casting et conçoit CKE, dans un temps très court, comme un road movie entre Central et Tsim Sha Tsui. CKE est un film non planifié, quasiment improvisé. Il est le fruit des circonstances, d'où la légèreté, la décontraction qui en émane :

30 boîtes d'ananas par amour..."J'ai tourné CKE en moins de trois semaines. J'ai délibérément choisi de faire le film avec un budget très réduit et de filmer la plupart du temps, la caméra à l'épaule. Je voulais retrouver les bases du cinéma. Je ne pouvais plus m'appuyer sur mon instinct créatif. La majeure partie de l'action du film se déroulait la nuit. Cela me permettait d'écrire le jour et de tourner la nuit. Parfois, j'avais l'impression de redevenir un étudiant en cinéma, et cette expérience a été extrêmement rafraîchissante, enthousiasmante, et révélatrice. En travaillant à un rythme aussi fou, j'ai également senti que je m'étais approché au plus près du pouls de Hongkong." : affirme Wong Kar-wai lors d'une interview.

Personnages
Wong Kar-wai part sur la base de deux flics, deux personnages équivalents à Ouyang et Huang de Ashes of Time. Son premier choix pour interpréter le flic 663, se porte sur Leslie Cheug Kwok-wing, qui refuse le rôle à cause d'un emploi du temps surchargé. Il choisi donc Tony Leung Chiu-wai, qui, selon lui, "a naturellement l'air d'un flic" et porte l'uniforme à merveille. Les deux flics n'ont pas de noms mais des numéros qui les désignent. Wong Kar-wai, paresseux pour chercher des noms, leur insigne des numéros, à la manière des héros de Kafka qui avaient des noms simplifiés.

 

 

D'autre part, il choisi la chanteuse Faye Wang, personnage qui l'intrigue beaucoup. C'est une pop star très en vogue à l'époque et encore estimée maintenant à HK. Elle interpréte d'ailleurs les covers des Cranberries et des Cocteau Twins qui parsèment le film. La technique de Wong Kar-wai, pour mettre les acteurs en confiance et les laisser donner le meilleur d'eux même, permet de révéler chez Faye Wang des talents d'actrice insoupçonnés jusqu'alors. Malheureusement, CKE marque sa première et dernière apparition au cinéma. La seconde égérie du film, Brigitte Lin, correspond à une Faye Wang avec dix ans de plus, comparaison évidente lorsqu'elles se croisent devant la magasin de jouet.

Emotions
Tony a beaucoup a dire...Les personnages projettent leurs émotions sur des objets divers et variés (savons, serviettes, modèles réduits d'avions, boite de conserves d'ananas...). Pour Wong Kar-wai, les Hongkongais ont beaucoup d'émotions mais ils ne savent pas les exprimés, les extériorisés. Elles sont dévorés par cette énorme machine à fric urbaine, toujours plus rapide.
Il y a par exemple les boîtes d'ananas, symbole d'amour entre 223 et May. Wong Kar-wai et son équipe tournent de nuit avec peu d'éclairage et vite. Un bon moyen d'avoir de la lumière "bon marché" est de tourner dans ces convenient store, épiceries ouvertes 24h/24. C'est là qu'il trouve l'idée plutôt ingénieuse des boites d'ananas périmées. Tout se périme, même la fraîcheur, et même l'amour...

Le seul personnage dénué d'émotions est campé par Brigitte Lin. C'est une contrebandière pour qui la survie est plus importante que les émotions. Elle est comme un animal errant dans la jungle urbaine, dans la "Chungking Jungle".

 

Brigitte Lin Chin Hsia triste et seule

 

Enfin, signalons au passage que CKE représenterait les deux facettes du sentiment de Wong Kar-wai vis à vis de l'industrie du film à HK. Tout d'abord le ressentiment, il veut échapper à la situation et se retrouve coincé (notamment, en faisant un film qui lui plaît mais qui doit marcher au box office). Ensuite, le désir, il veux rester libre de faire ce qu'il veut. Ces deux aspects s'amplifient et transparaissent de plus en plus dans ses films au fur et à mesure que l'échéance de la rétrocession de 1997 arrive.
Il finit d'ailleurs part donner inconsciemment à son dernier film, Happy together, une dimension politique, qui le gène, autant que les questions sur l'après 97.

Ecrit par Th., 1999 (corrigé en juillet 2002)

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