King Hu

Biographie

Analyses : Legend In The Mountain


 

   

Il aura fallu attendre le succès de Tigre Et Dragron pour que le public se rende compte que King Hu était mort. Pourtant, on retrouve des traces de son cinéma chez les plus grands réalisateurs de Hong Kong et il a sans aucun doute propulsé dans d’autres sphères le cinéma hongkongais. Fortement influencé par les arts (danse, opéra, peinture), son cinéma n’aura de cesse de les assimiler pour mieux les transcender.

 

Né en 1931 à Peking, King Hu donne l’impression d’avoir touché à tout : animateur radio, correcteur de livres bouddhistes ou encore formateur. Militant de gauche, il étudie à l’Institut des Beaux Arts de Peking et a la mauvaise idée de poursuivre ses études à Hong Kong en 1949. En effet, la Chine devient communiste et les frontières avec l’ex-colonie se ferment. Obligé de remettre en cause son engagement politique, il passe alors le temps en apprenant le cantonais et en profite pour approcher le milieu du cinéma par des voies détournées : il devient décorateur et dessine avec son camarade Li Hangxiang des affiches et des tracts pour des cinémas. Apres diverses apparitions dans des seconds rôles, King Hu suit Li à la Shaw Brother. Acteur, scénariste pendant presque dix ans, il commence à tâter la mise en scène sous l’impulsion de Li, qui s’est déjà fait un nom en tant que réalisateur. Ainsi, sur le plateau de The Love Eterne (1963), Li Hangxiang lui confie la réalisation de certaines scènes. Bien que non crédité à l’époque au générique (si ce n’est en tant qu’acteur), King Hu a réalisé toutes les scènes d’action, Li se concentrant ainsi sur la romance des personnages (à noter que Tsui Hark, grand explorateur du patrimoine cinématographique chinois en fit un remake en 1994 avec Charlie Young et Nicky Wu, il s’agit bien évidemment de The Lovers ).

Film en costumes, The Sons Of The Good Earth (d’après un scénario qu’il a lui-même écrit) marque sa première réalisation officielle. Mais il faut attendre 1966 et Come Drink With Me pour que la pertinence de sa mise en scène éclate au grand jour. Premier wu xia pian réalisé par Hu, le film est un immense triomphe dans toute l’Asie (le film a d’ailleurs généré une suite : Golden Swallow réalisé par Chang Cheh en 1968). Avec The Magnificient Trio, réalisé la même année par Chang Cheh, il fait rentrer dans la modernité le cinéma hongkongais. Comme une bonne partie du cinéma cantonais de l’époque, le film est influencé par le cinéma japonais (les frères Shaw étaient très admiratifs devant leurs méthodes de travail, au point d’envoyer leurs poulains sur certains de leurs tournage) et fait la part belle aux personnages féminins. Précisons tout de même qu’à l’époque, les vrais stars du cinéma cantonais sont les femmes, mais qu’à la différence générale, lorsque dans les années 70, sous l’impulsion du cinéma de Chang Cheh, elles disparaissent progressivement, King Hu reste le seul à leur laisser une place prépondérante. Ce film marque pourtant la rupture avec la Shaw Brother. Le perfectionnisme, ainsi que le désir d’indépendance de Hu, est trop grand pour s’accommoder aux diktats des frères Shaw. Il intègre alors la petite structure de production Union à Taiwan et dès l’année suivante, alors que Chang Cheh tourne One Armed Swordman, King Hu réalise L’Auberge du Dragon. Deux ans seulement ont suffi pour balayer 30 ans de wu xia pian. Utilisation du cinémascope, mouvements de caméra travaillés, adéquation entre le montage, les chorégraphies et la musique. Approche picturale du cadre, contexte historique précis, personnages et intrigues complexes. Malgré une très longue exposition, le film est un immense carton au box office et le style de King Hu est maintenant totalement en place.

Ce triomphe lui permet de financer son projet le plus ambitieux : A Touch Of Zen. King Hu prend son temps, soigne les détails et met plus de trois ans (et beaucoup d’argent) pour réaliser son chef d’œuvre. Ce qui ressemble à l’origine à une histoire de fantômes devient une intrigue politique pour atteindre une dimension philosophique et spirituelle que King Hu a rarement atteint dans le reste de son œuvre. Le film fut, lors de sa sortie, mutilé par ses producteurs qui le distribuèrent en deux parties. A Touch Of Zen sort en 1971 sur les écrans. Il ne sera pas un immense succès mais il confère à King Hu un statut d’auteur à part entière. Pourtant, il faudra quatre ans pour retrouver le film en compétition à Cannes où il obtient en 1975, le prix de la commission technique (le Grand Prix fut cette année attribué aux Chronique Des Années De Braise). Mais surtout, le film mettra plus de onze ans avant de pouvoir trouver un distributeur en France (où il est sorti en 1986). Choqué par l’attitude du  studio, il claque une nouvelle fois la porte et retourne à Hong Kong pour monter sa propre société : King Hu Film Cie.

Après A Touch Of Zen, il met plus de trois ans pour réunir l’argent nécessaire pour le tournage de son film suivant : The Fate Of Lee Khan (L’auberge du printemps, 1973). Dernier des films d’auberge de Hu, le film met une nouvelle fois en scène des espions. En effet, King Hu n’a jamais caché que le succès des James Bond, alors très populaire à Hong Kong, l’avait beaucoup gêné. « Je n’aime pas James Bond, ils en ont fait un super héros alors que c’est juste un agent, un être humain. Dans mes films, les agents sont plus réalistes, je n’ai pas voulu les présenter sous des couleurs séduisantes » confie King Hu. Encore une fois, ce n’est qu’en 1986 que le film trouvera un distributeur en France. Deux ans plus tard, il réalise The Valliant Ones (1975) et connaît de nouveau des difficultés pour monter son prochain film, une constante maintenant pour lui, sa réputation de génie capricieux le précédant.

Quatre ans plus tard (les films sortent en 1979), il termine enfin son ambitieux diptyque Raining In The Mountain / Legend Of The Mountain (d’après un scénario écrit par sa femme et l’un des rares qu’il n’ait pas lui même signé). Tourné en décors naturels en Corée avec la même équipe d’acteurs, le film tente de décrire, d’abord du point de vue des humains puis des fantômes, la vanité des tentations et la difficulté pour chacun d’accepter sa condition. Sans aucun doute, le film marque l’apogée du style de King Hu, la suite ne sera qu’échecs et rendez-vous manqués.

Ses films font de moins en moins d’entrées et il éprouve toutes les difficultés du monde pour les financer. Les années 80 seront un long désert et au bout de sept ans de projets avortés ou repoussés, il faudra que Tsui Hark vienne le chercher pour Swordman pour qu’il se retrouve de nouveau derrière une caméra. Nous sommes en 1990 et l’industrie du cinéma à Hong Kong a profondément changé. Ce qui semblait une bonne idée (l’œuvre de Tsui Hark est parsemé d’hommages à King Hu) tourne vite au cauchemar. Tsui Hark est exaspéré par la lenteur de Hu, qui lui ne supporte plus l’interventionnisme de Hark ni les idées visuelles de Ching Sui-Tung. Au final, King Hu est débarqué du film, bien qu’il reste crédité au générique (alors que dans le montage final, aucun plan tourné par Hu n’a été conservé). Les années 80 auront été fatales à King Hu, la nouvelle vague a tout balayé et Hu s’est avéré incapable de s’adapter à la nouvelle donne.

Painted Skin (1992) le confirme, le cinéma de Hong Kong a évolué sans lui. On reproche souvent au film de n’être que du sous Tsui Hark (parce qu’il raconte une histoire de fantômes et qu’il prend Joey Wong comme actrice), raccourci un peu facile. Le film est surtout du sous King Hu et il est loin d’être aussi mauvais que la réputation qui le précède. Il est juste déjà démodé au moment ou il sort. A une époque où le wu xia pian devient de plus en plus rapide et hystérique (pour rappel, la même année sort Swordman 2), la lenteur du cinéma de Hu ne fait plus recette.

Parti au US, King Hu tentera jusqu'à sa disparition de monter un projet qui lui tient à cœur : raconter l’histoire des immigrants chinois qui ont construit le chemin de fer du pacifique au Etats-Unis. Ironiquement, il est mort alors qu’il avait réussi à lever la moitié des fonds pour le tourner (le projet n’est pas mort pour autant, John Woo et son producteur Terence Chang l’ont récupéré et il devrait être tourné avec Chow Yun-Fat et Nicolas Cage dans les rôles principaux).

Mort à Los Angeles dans une indifférence quasi générale en 1997, King Hu a pourtant écrit quelques-unes des plus belles pages du cinéma asiatique en général, et du Wu Xia Pian en particulier. Seul cinéaste à avoir vu un de ses wu xia pian sélectionné à Cannes, c’est aussi l’un de ceux dont, en dehors des « chefs d’œuvres » officiels, la filmographie reste difficilement visible. Il est temps, Messieurs les éditeurs, de se pencher un peu plus sur son œuvre.

 

 

David Aneas (Mai 2002)

 

 

Filmographie :

 

     1962: The Mix Up (scénariste)

1963: The Love Eterne (Réalisateur 2eme équipe)

1964: The Story of Sue San (scénariste)

1965: Sons of the Good Earth (réalisateur, scénariste)

1966: Come Drink With Me (réalisateur, scénariste)

1966: Downhill They Ride (scénariste)

1967: Dragon Gate Inn (L’Auberge Du Dragon) (réalisateur, scénariste, directeur artistique)

1970: Anger (2eme episode de The Four Moods, basé sur un opéra Sancha Kou, 40 min.) (réalisateur, scénariste)

1971: A Touch Of Zen (réalisateur, scénariste, montage, directeur artistique)

1973: The Fate of Lee Khan ( L’Auberge Du Printemps) (réalisateur, scénariste, directeur artistique)

1975: The Valiant Ones (réalisateur, producteur, scénariste, directeur artistique)

1976 : Heroes Of The Underground (scénariste)

1979: Legend of the Mountain (réalisateur, directeur artistique, montage, costume designer)

1979: Raining in the Mountain (réalisateur, scénariste, directeur artistique, montage, costume designer)

1981: The Juvenizer (son unique film contemporain) (réalisateur, producteur, scénariste, montage)

1982: All The King's Men  (réalisateur, directeur artistique, costume designer)

1983: The Wheel of Life (le premier épisode) (réalisateur)

1990: Swordsman  (réalisateur)

1992: The Painted Skin (réalisateur, scénariste, montage)

 

 

Titres Disponible :

 

 The Love Eterne :VCD non ss-titré, DVD ss-titré anglais (épuisé)

 Sons of the Good Earth :VHS (VOSTA) chez Tai-Seng

 Come Drink With Me : VHS (VOSTA) chez Tai-Seng

 Dragon Gate Inn : DVD Japonais (VO ss-titré japonais)

 A Touch Of Zen :VHS (VOSTF) chez Films Sans Fontieres (épuisé), DVD coréen (VO ss- titré coréen) et DVD japonais (VO ss-titré japonais)

 The Fate of Lee Khan : VHS (VOSTA) chez Tai Seng et chez Made In Hong Kong

 The Valiant Ones : VHS (VOSTA) chez Tai Seng

 Legend of the Mountain :VCD non ss-titré, DVD (VOSTA) chez Winson

 Raining in the Mountain :VHS (VOSTF) chez Films Sans Frontiéres

 Swordsman :DVD ss-titré anglais chez MegaStar

 The Painted Skin :VCD ss-titré anglais, DVD et VHS ss-titré anglais chez Tai-Seng

 


 

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